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Information Les longues nuits reviennent

Le 10 Octobre 2026
Le retour des longues nuits, par KE9V
8 octobre 2026 | Histoires de la « Top Band »
Le vent glacial soufflait avec une telle force que Don avait du mal à marcher dans le champ derrière sa cabane. La vie dans la périphérie de Grande Prairie, en Alberta, n’avait jamais été facile, mais à la fin de l’automne, ce vent glacial annonçait ce qui allait arriver. Don était un radioamateur qui opérait exclusivement sur la bande des 160 mètres, connue des anciens sous le nom de « Top Band » (bande supérieure). Elle se situait à l’extrémité inférieure du cadran, parmi les fréquences les plus basses accessibles aux radioamateurs.
Cette bande n’était guère utile pendant les mois bruyants du printemps et de l’été. Cependant, lorsque les nuits commençaient à être plus longues que les journées, la bande des 160 mètres cessait d’être un simple amas de bruit atmosphérique pour devenir une bande particulièrement propice aux communications. Du moins pour ceux qui disposaient de suffisamment d’espace pour installer de grandes antennes et les kilomètres de radians de terre nécessaires afin de produire un signal correct sur des fréquences aussi basses.
Et Don faisait partie de ces privilégiés. Sa cabane se dressait au milieu d’une prairie de 40 acres, entourée de plusieurs dépendances. Ses antennes se composaient de grandes structures verticales et de longs fils tendus. Il estimait lui-même avoir enterré des « kilomètres » de radians de terre sous l’ensemble de son installation.
Son équipement radio n’était pas de dernière génération, mais il l’utilisait avec beaucoup de succès depuis trente ans et, tant qu’il pouvait le maintenir en bon état, il ne voyait aucune raison de le remplacer. Il possédait deux amplificateurs de fabrication artisanale, de véritables « monstres de fer » (ou « big iron »), comme il appelait ces imposants appareils à tubes électroniques. Grâce à leur puissance et à son système d’antennes complexe, il émettait l’un des signaux les plus puissants sur 160 mètres de toute l’Amérique du Nord.
Don avait décidé que, ce soir-là, il effectuerait son premier appel de la nouvelle saison sur la « Top Band ». C’est pourquoi il se trouvait dehors, effectuant une dernière inspection du champ d’antennes. Il prévoyait de mettre son équipement sous tension à 23 heures, heure des Rocheuses, puis de lancer son premier appel une heure plus tard, afin de laisser aux appareils le temps d’atteindre leur température de fonctionnement optimale. Son enthousiasme était palpable et il attendait avec impatience ce que les ondes pourraient lui réserver. Le dernier contact inscrit dans son journal de trafic remontait à huit mois, car un printemps exceptionnellement précoce avait entraîné de violents orages accompagnés de parasites, l’obligeant à cesser ses émissions (QRT) plusieurs semaines plus tôt que d’habitude. Cette longue période sans activité radio l’avait autant déprimé que l’approche de la nouvelle saison le remplissait désormais d’enthousiasme.
Il mangea un bol de sa copieuse soupe de lentilles faite maison en attendant minuit. Il repensa à toutes ces années passées seul dans son refuge radio, qu’il avait aménagé lui-même. Don avait quitté Cincinnati pour s’installer là-bas des années auparavant, après avoir accepté un emploi dans une grande usine de pâte à papier, où il avait finalement pris sa retraite. Il avait été marié une fois, mais son couple n’avait pas résisté à l’épreuve du temps et, depuis, il vivait seul. La lueur des tubes électroniques dans la petite cabane radio plongée dans l’obscurité, associée au doux sifflement de la bande qui s’animait à mesure que l’équipement chauffait, le confortait dans l’idée que la radio était sa meilleure compagne.
À minuit, il lança plusieurs appels généraux (« CQ ») sur la fréquence de 1,862 MHz et reçut immédiatement la réponse d’un autre Don : un vieil ami radioamateur qu’il n’avait jamais rencontré en personne, mais dont le signal arrivait toujours avec une grande puissance depuis Woodlawn, dans le Tennessee. Encouragés par l’intensité de leurs signaux, les deux hommes discutèrent longuement de l’année écoulée, des modifications apportées à leurs stations et de leurs attentes pour la nouvelle saison. Lorsqu’ils terminèrent leur contact radio (QSO) et qu’il eut complété son journal de trafic, il était déjà 1 h 30 du matin.
Il estima que la saison avait bien commencé et s’apprêtait à éteindre son équipement lorsqu’un autre radioamateur avec lequel il avait l’habitude de communiquer, mais qu’il n’avait jamais rencontré non plus, l’appela brièvement. Il s’agissait de Félix, depuis le Belize. Don lui répondit et ils échangèrent quelques mots, car la bande était très bruitée en Amérique centrale. Malgré cela, il considéra ce contact à longue distance (DX) comme un excellent présage pour les moments passionnants qui l’attendaient.
Ce serait une saison magnifique sur la bande des 160 mètres. Don en était convaincu tandis qu’il éteignait les lumières et sombrait dans un sommeil profond et réparateur.
73, – Claude ON4CN
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